Principes pour une refondation syndicale
(FSE Montpellier, février 2003)

Sans redéfinir les bases de ce qu’est et à quoi sert un syndicat, ni élaborer une charte, nous voulons poser quatre points fondamentaux. Il faut selon nous refonder un syndicat étudiant qui soit :

 * De lutte.

Le syndicalisme de lutte, c’est d’abord le refus de la cogestion, qui revient à gérer la pénurie budgétaire et la casse du service public du supérieur, donc à les cautionner. Nous sommes résolument contre le principe de faire des « propositions », qui émanent non des étudiants mais de l’organisation qui les élabore. Au contraire, un syndicat de lutte défend des revendications, qui peuvent être exprimées par les étudiants au cours d’Assemblées Générales, ou qui découlent de nos principes.Il est impératif de veiller de façon permanente à ne pas s’intégrer (ou même se rapprocher) à l’appareil d’Etat, ou à l’appareil administratif universitaire. De même, il est hors de question de participer à l’élaboration des plans gouvernementaux.Le syndicat de lutte, qui est un outil d’expression et d’action au service des étudiants et de leurs luttes, doit se battre avec les étudiants, et pas malgré eux comme le fait le « syndicalisme » d’accompagnement.

* Indépendant.

Cela signifie d’une part l’indépendance financière. Le syndicat doit être indépendant financièrement, c’est-à-dire ne dépendre de personne d’autre que des étudiants (et des travailleurs qui peuvent nous soutenir). Cette indépendance n’est pas posée d’emblée et donc, parce qu’elle figurerait dans les statuts, acquise pour toujours. C’est au contraire un combat permanent. C’est à ce titre que la publication régulière d’un journal, en plus d’être un nécessaire travail d’information et de diffusion de nos analyses, est primordial. Les questions d’argent posent souvent des problèmes idéologiques à des militants. Il est pourtant loin d’être anodin que les étudiants disposent d’un réel outil indépendant. De plus, le sens naturel tend à ce qu’une organisation se rapproche – même insidieusement – de ses sources de financement. A n’être financés que par les étudiants, on est d’autant plus proche des étudiants. Et c’est ainsi que nous pourrons être en phase avec notre raison d’être.Mais le terme indépendant recouvre aussi l’indépendance syndicale. C’est d’abord l’indépendance vis-à-vis de tout groupe politique, philosophique ou religieux (notamment ceux que la charte d’Amiens appelle « les partis et les sectes »). Cela permet à tous les étudiants se reconnaissant dans la charte de se regrouper le plus largement possible, sans autre préalable. Pas besoin d’appartenir ou même de connaître certaines obédiences politiques pour avoir pleinement sa place dans le syndicat.L’indépendance syndicale, c’est aussi se tenir à l’écart d’une partie du débat politique (au sens de « politique-politicien ») : par exemple, un syndicat n’a pas à donner de consignes de vote aux élections (exceptées les élections universitaires ou professionnelles, à voir au cas par cas).

* Unitaire.

La situation actuelle du syndicalisme étudiant fait que d’une part, l’exigence unitaire est bien souvent oubliée pour favoriser des querelles de personnes et/ou de chapelle (conséquence de la décomposition), et d’autre part, les deux exigences unitaires (pour un syndicat digne de son nom) sont souvent confondues.

Un syndicat unitaire doit d’une part chercher l’unité des structures. La division du syndicalisme en de nombreuses structures constitue un affaiblissement, donc des reculs en terme de rapport de force (donc de droits). Il est par exemple impensable qu’une scission intervienne sur une question annexe ou ponctuelle, ou sans avoir une perspective de rassemblement possible. Il faut travailler à l’unité des structures, afin que les étudiants disposent d’un syndicat plus fort. Cela doit se faire en posant dès le départ une plate-forme minimale, sur laquelle le syndicat doit se construire. Cela doit se faire aussi sur la base de bilans réguliers des prises de positions et des actions des autres syndicats étudiants.Cette volonté unitaire doit se concevoir au niveau étudiant et au niveau confédéral. Malgré ses spécificités qu’il ne faut pas artificiellement gommer, le syndicalisme étudiant doit travailler à son union avec le syndicalisme salarié, mais uniquement dans un cadre unifié et sur des bases syndicales tournées vers la lutte.

Un syndicat unitaire doit d’autre part privilégier l’unité d’action. Ce principe est fondamental, et toute dérive allant dans le sens inverse compromettrait les forces du mouvement étudiant. L’unité d’action doit se chercher le plus largement possible, sur des bases syndicales claires (par exemple en terme de mot d’ordre). Il faut par contre veiller à ne pas tomber dans un travers « unitariste », qui consisterait à renoncer à un point essentiel pour faire un tract commun. Face à un problème important, il ne faut pas hésiter à présenter une plate-forme aux autres organisations afin d’envisager un travail commun. Des discussions sont possibles avec tous, mais nous ne devons jamais céder sur l’essentiel.Il faut se rappeler que l’unité des étudiants est difficilement dissociable de l’unité de leurs organisations. De même que nous devons contribuer à ce que les étudiants soient le plus grand nombre à être unis derrière des revendications claires, nous devons chercher l’unité la plus large de leurs organisations derrière ces mêmes revendications claires. Cela est vrai en ce qui concerne les organisations étudiantes, mais doit l’être aussi avec les syndicats de travailleurs (en particulier les syndicats de l’enseignement) et diverses organisations luttant dans le même sens que nous sur tel sujet donné.Tout cela doit s’accompagner d’une attitude vis-à-vis des organisations partenaires qui consiste à exprimer les divergences, dans le cadre d’un débat syndical argumenté.

* Démocratique.

Le syndicat doit être pleinement dirigé par les adhérents qui le constituent. Cela implique que tous les adhérents sont totalement informés, d’où la nécessité d’une lettre interne nationale au moins tous les mois, avec la possibilité permanente pour chaque adhérent et chaque section de s’exprimer à tous les camarades. Cela implique aussi que chaque adhérent reçoive une formation syndicale, et tous les autres éléments permettant de comprendre les tenants et aboutissants des prises de position du syndicat. Il faut insister sur l’importance du congrès, qui est l’organe suprême du syndicat, puisqu’il représente tous les adhérents. Le congrès doit avoir lieu tous les ans, pour tirer le bilan de l’année passée, analyser la situation, et en conséquence fixer la ligne syndicale et les perspectives. Le secrétariat national, et chacun de ses membres, doit être destituable à chaque Collectif National. Il rend des comptes régulièrement, dans la lettre interne, à chaque congrès et à chaque CN, et ponctuellement sur demande d’une section ou d’un adhérent. Les prises de position publiques au nom du syndicat se font sur la base des textes et des votes de congrès, parfois précisés en CN. Le syndicat doit fonctionner sur le principe des mandats impératifs avec des mandatés révocables, et en favorisant la rotation des tâches.


Charte de la Fédération Syndicale Etudiante
(FSE Caen, juin 2000)

Préambule

Le contexte universitaire et plus largement socio-économique que nous connaissons aujourd'hui est assez simplement partagé par la grande majorité des hommes et des femmes. La situation peut se lire au moins à deux échelles toutes deux intimement liées : celle des universités et celle de la société.
Dans les deux cas, l'évolution tend vers la même logique de rentabilisation, de marchandisation, de privatisation qui concoure au démantèlement des grands services publics, au désengagement de l'État, à l'accroissement des inégalités et à l'augmentation de la précarité et des discriminations.

L'enseignement supérieur n'échappe pas à cette tendance de la société dans le cadre de la mondialisation et les étudiants, comme les travailleurs, voient leurs conditions de travail et de vie se dégrader, leurs droits être remis en causes.
Depuis plus de trente ans, les réformes universitaires (Faure, Savary, Jospin, Bayrou, Allègre-Lang) n'ont eu de cesse de poursuivre la même logique, renforçant petit à petit les maux allant à l'encontre d'un enseignement public et laïque de qualité, ouvert à tous quelque soit la nationalité et l'origine sociale.

Parallèlement, les organisations étudiantes les plus importantes ont fait le choix par rapports aux réformes des gouvernements, de l'attentisme et de la cogestion, entraînant le mouvement étudiant dans l'immobilisme, empêchant de fait tout développement de la lutte, seule garante de la défense des intérêts et des droits étudiants.
La réunification entre l'Unef et l'Unef-id entérine la fin de toute velléité syndicale dans les organisations nationales existantes, aboutissant à la création d'une centrale nationale cogestionnaire et hégémonique s'inscrivant dans la droite ligne de la stratégie d'accompagnement des réformes revendiquée par les directions nationales de ces structures.
En outre, les scissions et tentatives de travail en réseau n'ont pas permis de créer une dynamique suffisamment forte et suivie pour offrir une perspective autre que l'immobilisme incarné par la réunification des deux UNEF. Bien loin de condamner le travail qui a pourtant été mené par des associations locales d'origines et de cultures syndicales variées, nous nous devons cependant de prendre acte des limites de ce travail et d'en proposer sous une forme plus structurée la poursuite et le développement.

Ainsi, considérant la situation socio-économique, politique et syndicale dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, il nous semble primordial et urgent de proposer d'unir les multiples forces syndicales qui luttent localement pour l'amélioration des conditions de travail et de vie des étudiants et qui entendent refuser toute logique de cogestion et d'immobilisme. Nous nous prononçons pour une démarche syndicale, basée sur la lutte et l'offensive pour mettre fin à la casse de l'enseignement public, laïque et ouvert à tous.

1. Principes


1/ Nous sommes un syndicat. Ceci veut dire que nous faisons référence en ce domaine à l'historicité des syndicats ancrés dans le mouvement ouvrier gage de progrès social. Comme tel nous sommes une organisation nationale de défense des intérêts et des droits étudiants dans le cadre de luttes, refusant tout corporatisme, clientélisme et esprit de cogestion.

2/ Nous sommes un syndicat de transformation sociale. C'est-à-dire que nous considérons que l'université n'est pas un espace à part de la société. Elle est donc directement concernée et affectée par les logiques socio-économiques, politiques, idéologiques qui ont cours au sein de la société. Dès lors, nous participons, de fait, à la transformation de la société dans le cadre des luttes et de la défense des intérêts et droits étudiants.

3/ Nous entendons défendre les grands principes de Service public et d'égalité, de laïcité, de solidarité et de justice sociale.
a) Le service public doit être garant de l'égalité des étudiants sur l'ensemble du territoire quelque soit leurs origines sociales et géographiques. Pour cela, nous refusons toute privatisation de l'enseignement, des locaux, du financement des universités, des personnels IATOSS, des enseignants… et toute main mise sous quelque forme que ce soit (économique, politique, idéologique, religieuse…) dans le domaine de l'enseignement.
b) La laïcité doit être défendue face aux tentatives répétées pour remettre en question le principe de séparation de l'État et des Églises. De plus, la laïcité n'est pas seulement la neutralité en matière religieuse, mais c'est aussi la neutralité et l'indépendance face aux intérêts privés.
c) La solidarité doit s'exprimer tant envers les étudiants qu'envers les travailleurs. Elle est la réponse la plus juste et appropriée à l'injustice, à la précarité et à la discrimination. C'est en elle que se fonde et s'exprime la nécessité de s'unir en vue de lutter pour la suppression des inégalités et des discriminations, afin de contribuer à la justice sociale.

2. Pratiques

1/ nous devons lier les luttes étudiantes au mouvement social.
Nous devons lier les revendications et les luttes étudiantes à celles des travailleurs, des chômeurs, des sans-papiers et de tous ceux qui luttent dans le sens de nos principes. Nous n'avons rien à gagner en terme d'obtention d'emploi et de conditions de travail en se contentant d'apporter des modifications pédagogiques à l'université. Notre rôle doit donc être de concourir à la prise de conscience des étudiants quant aux projets en cours pour l'université qui n'ont pour vocation que d'accompagner la restructuration de l'économie et de la société. Emplois précaires, déqualification et casse des acquis sociaux pour les travailleurs ont pour corollaire pour les étudiants : liquidation des filières basées sur les disciplines fondamentales surqualifiant les jeunes, la création de diplômes locaux…

2/ nous devons affirmer le caractère ouvert et pluraliste du syndicat.
Pour cela, nous devons nous donner les moyens de devenir une organisation de masse. Etre une organisation de masse, nécessite que l'ensemble des adhérents et des étudiants doit se reconnaître dans le syndicat. Ceci passe par une analyse, des revendications et des méthodes de luttes correctes. Les méthodes de lutte sont l'Assemblée Générale, la mise en place de comités de mobilisation et d'information, la grève, la manifestation, l'occupation, l'information par le biais de tracts et journaux, la défense quotidienne des acquis et le combat pour l'obtention de droits perdus et de nouveaux droits.

3/ nous devons contribuer à la formation d'un mouvement national et unitaire.
L'offensive menée contre l'Enseignement supérieur ne peut être repoussé que par un mouvement national d'ampleur. Sans évincer l'ensemble des activité militantes locales nous devons aussi favoriser les initiatives nationales à partir d'analyses claires et de revendications allant toujours dans le sens des grands principes énoncés. Pour gagner les luttes, nous devons avoir le souci de chercher l'unité sur des bases syndicales et revendicatives de fond qui soient sans ambiguïté.

4/ nous devons favoriser et développer les pratiques du syndicalisme de lutte.
Nous refusons et condamnons la cogestion, car on ne peut à la fois élaborer ou gérer les plans et réformes du gouvernement et les combattre. Nous ne sommes pas des partenaires de l'administration. Cependant, le syndicalisme de lutte peut avoir toute sa place dans les structures de l'université, comme relais des luttes étudiantes, ainsi que pour recueillir les informations permettant des analyses plus précises et pertinentes des évolutions de l'université. Le syndicat est un outil au service de la lutte et doit favoriser son auto-organisation. Lors d'un mouvement étudiant, il doit veiller à la mise en place d'Assemblée Générales souveraines. En outre, nous devons travailler au service de la lutte en accord avec les principes précédemment évoqués, notamment dans le cadre des coordinations nationales.  


Extraits du manifeste pour la reconstruction du syndicalisme étudiant

(Syndicat Etudiant Unitaire et Laïque, 1996) 

Le syndicalisme étudiant tel que nous le connaissons est sénile. Ses seules poussées de fièvre sont celles, désormais, des intérêts « supérieurs » de sa direction. Les structures qui se sont formées en tête du combat de novembre-décembre 1995 (comités de grève, coordination nationale…) ont rejeté les organisations syndicales étudiantes institutionnelles, sans cependant douter de la nécessité d’une structure véritablement syndicale pour la lutte.C'est la raison pour laquelle le Syndicat Étudiant Unitaire et Laïque s'est formé et œuvre pour reconstruire le syndicalisme étudiant. 

Rebâtir un véritable outil de lutte c'est se doter d'une organisation qui soit :

Syndicale : c’est-à-dire luttant fermement pour conserver les droits et en acquérir de nouveaux, pour assurer la coordination des étudiants, pour l’accroissement de leur mieux-être.

Indépendante et laïque : c’est-à-dire soumise à aucun groupe, organisation ni institution, que ce soit au niveau financier, politique, philosophique ou religieux.

Unitaire : c’est-à-dire visant à la réunification syndicale.

Démocratique : c’est-à-dire refusant le fonctionnement pyramidal et la bureaucratie, et possédant dans ses statuts le droit permanent de tendance.

Intègre : dans le sens où elle doit rester fidèle dans ses actes aux cadres et aux buts que ses militants se sont fixés. 

Cinq principes auxquels on ne peut déroger :

1- On ne résout un problème qu’en empêchant qu’il ne se pose à nouveau.

2- C’est dans la résistance aux plans du gouvernement contraires à leur intérêt que les étudiants se sont regroupés et continueront de le faire.

3- Un syndicat ne peut à la fois élaborer les plans du gouvernement et les combattre.

4- Il faut se battre contre les syndicats de notables qui prétendent se substituer aux décisions des étudiants concernés. Et se battre contre le syndicalisme qui ne fonctionne que comme réseau d’élus – plus ou moins fantoches – comme le sont les syndicats étudiants « institutionnels » qui, dans les différents conseils, se contentent de gérer la pénurie budgétaire et ses conséquences, en accord avec les présidents.

5- Nous devons lier notre combat et notre action à l’ensemble du syndicalisme salarié.    


Charte de Grenoble

(Union Nationale des Etudiants de France, 1946) :

Préambule 

Les représentants des étudiants français, légalement réunis au Congrès national à Grenoble le 24 avril 1946, conscients de la valeur historique de l’époque ; Où l’Union française élabore la nouvelle déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; Où s’édifie le Statut pacifique des Nations ;Où le monde du travail et de la jeunesse dégage les bases d’une révolution économique et sociale au service de l’homme ; Affirment leur volonté de participer à l’effort unanime de reconstruction,Fidèles aux buts traditionnels poursuivis par la jeunesse étudiante française lorsqu’elle était à la plus haute conscience de sa mission,Fidèles à l’exemple des meilleurs d’entre eux, morts dans la lutte du peuple français pour sa liberté,Constatant le caractère périmé des institutions qui les régissent,Déclarent vouloir se placer, comme ils l’ont fait si souvent au cours de notre Histoire, à l’avant-garde de la jeunesse française, en définissant comme bases de leurs tâches et de leurs revendications les principes suivants : 

Article 1 : L’étudiant est un jeune travailleur intellectuel.  

Droits et devoirs de l'étudiant en tant que jeune :

Article 2 : En tant que jeune l’étudiant a droit à une prévoyance sociale particulière, dans les domaines physique, intellectuel et moral.

Article 3 : En tant que jeune l’étudiant a le devoir de s’intégrer à l’ensemble de la jeunesse mondiale. 

Droits et devoirs de l'étudiant en tant que travailleur :

Article 4 : En tant que travailleur, l’étudiant a droit au travail et au repos dans les meilleures conditions et dans l’indépendance matérielle, tant personnelle que sociale, garanties par le libre exercice des droits syndicaux.

Article 5 : En tant que travailleur, l’étudiant a le devoir d’acquérir la meilleure compétence technique.

Droits et devoirs de l'étudiant en tant qu'intellectuel :

Article 6 : En tant qu’intellectuel, l’étudiant a le droit à la recherche de la vérité et à la liberté qui en est la condition première.

Article 7 : En tant qu’intellectuel, l’étudiant a le devoir :De définir, propager et défendre la vérité, ce qui implique le devoir de faire partager et progresser la culture et de dégager le sens de l’Histoire.De défendre la liberté contre toute oppression, ce qui, pour l’intellectuel, constitue la mission la plus sacrée.


Charte d'Amiens
(Confédération Générale du Travail, 1906)

Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2, constitutif de la CGT :
"La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat".
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière ;
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique :
Dans l'œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme ; il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale ;
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat ;
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors ;En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.

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